Epidémie de Choléra à Montblainville et dans la Meuse 1849
Je reviendrais en cette fin d’année sur Louis Hyacinthe MABILLE. Je m’interroge toujours sur ce qui a pu le mener de Montblainville jusqu’à l’Île du Pin où il a été déporté pour avoir participé aux évènements de la Commune de Paris. La vie a été certainement, pour lui une avalanche de malheurs. La perte de trois enfants en bas âge ? Je ne pense pas, c’était courant à l’époque. J’ai essayé de retracer ses déplacements pour en savoir plus.
Né à Montblainville il s’y marie, à cette époque il est commis roulant dans une maison de commerce. Ses enfants sauf la dernière de ses filles (née en 1851) sont nés à Varennes où il est marchand épicier.
Son frère Charles Symphor est brasseur à Malancourt. En janvier 1849 on publie les bans de son mariage avec Judith LAURENT. Pas de trace de mariage, il est décédé, célibataire, en Août 1849 chez Louis Hyacinthe à Varennes, à l’âge de 25 ans. L’acte de décès ne donne pas d’indication sur le motif de ce décès.
J’ai recherché dans les journaux de l’époque la raison du décès de Charles Symphor. A-t-il eu un accident ? Plusieurs articles de l’écho de l’est évoquaient en 1849, une épidémie de choléra.
Il y a déjà quelques années au cours de mes recherches sur la famille LALOUETTE avec Michèle S, notre attention avait déjà été attirée par les décès d’un couple et d’une de leurs filles en 1849. Les décès avaient été constatés dans un hôpital temporaire, ce qui laissait supposer qu’ils avaient été victimes de l’épidémie de choléra qui sévissait à Chalons sur Marne cette année là.
A l’aide de l’état civil en ligne sur le site des archives départementales (cantons de Clermont, de Montfaucon et Varennes), et d’ouvrages mis en ligne sur Gallica, j’ai cherché des informations complémentaires sur l’épidémie dans la Meuse.
Les tables de décennales sont très parlantes. Les communes les plus touchées sont :
Pour le canton de Varennes, Avocourt, Boureuilles, Charpentry, Cheppy, Lachalade, Montblainville, et Very.
Dans le canton de Montfaucon, Romagne sous Montfaucon et Sivry sur Meuse. Une augmentation également des décès à Bantheville, Cunel, Epinonville, Montfaucon.
Dans celui de Clermont, Brabant en Argonne, Clermont en Argonne, Froidos, Futeau, Les Islettes, Rarécourt .
| Communes canton de Varennes en Argonne | 1848 | 1849 | 1850 |
| Avocourt | 24 | 52 | 18 |
| Baulny | 6 | 24 | 5 |
| Boureuilles | 17 | 56 | 20 |
| Charpentry | 1 | 24 | 0 |
| Cheppy | 8 | 43 | 14 |
| Esnes en Argonne | 18 | 12 | 22 |
| Lachalade | 10 | 73 | 11 |
| Malancourt | 36 | 33 | 29 |
| Montblainville | 13 | 93 | 11 |
| Varennes en Argonne | 41 | 56 | 27 |
| Vauquois | 4 | 8 | 4 |
| Very | 10 | 49 | 11 |
| Communes canton de Montfaucon | 1848 | 1849 | 1850 |
| Bantheville | 13 | 36 | 9 |
| Brabant sur Meuse | 5 | 8 | 6 |
| Cierges sur Meuse | 6 | 5 | 4 |
| Consenvoye | 20 | 9 | 17 |
| Cuisy | 20 | 9 | 18 |
| Cunel | 3 | 22 | 2 |
| Dannevoux | 19 | 17 | 23 |
| Epinonville | 6 | 15 | 1 |
| Forges sur Meuse | 20 | 19 | 16 |
| Gercourt Drillancourt | 20 | 14 | 10 |
| Gesnes en Argonne | 3 | 13 | 10 |
| Montfaucon | 23 | 37 | 21 |
| Nantillois | 3 | 5 | 6 |
| Regnéville sur Meuse | 7 | 7 | 2 |
| Romagne sous Montfaucon | 18 | 78 | 6 |
| Septsarges | 5 | 12 | 7 |
| Sivry sur Meuse | 16 | 64 | 15 |
| Communes canton de Clermont en Argonne | 1848 | 1849 | 1850 |
| Aubréville | 29 | 29 | 18 |
| Brabant en Argonne | 4 | 18 | 5 |
| Brocourt en Argonne | 1 | 4 | 6 |
| Le Claon | 7 | 3 | 1 |
| Clermont en Argonne | 40 | 107 | 19 |
| Dombasle en Argonne | 11 | 10 | 5 |
| Froidos | 8 | 16 | 7 |
| Futeau | 18 | 57 | 18 |
| Les Islettes | 16 | 88 | 19 |
| Jouy devant Dombasle | 8 | 9 | 4 |
| Le Neufour | 2 | 4 | 4 |
| Neuvilly en Argonne | 9 | 18 | 19 |
| Rarécourt | 17 | 82 | 18 |
| Récicourt | 12 | 18 | 23 |
Dans Gallica les traités de M. MADIN, Médecin des épidémies de l’arrondissement de Verdun « considérations sur la nature et le traitement du choléra et de la suette » (1850 – 1851 – 1854) une notice statistique sur la propagation de l’épidémie dans l’arrondissement de Verdun.
900 victimes dans l’arrondissement de Verdun. La mortalité dans les cantons de Clermont et de Varennes a été considérable.
Le 21 août 1849 l’adjoint au Maire de Montblainville, Mr MALOT, remercie ceux qui par leur dévouement ont aidé à combattre l’épidémie :
transcription :
ECHO DE L’EST JANVIER 1849 vue 23/55 achives départementales de la Meuse
Correspondance
Montblainville, le 17 août 1849
Le maire de la commune de Montblainville à Monsieur le Rédacteur de l’Echo de l’Est.
Monsieur le Rédacteur,
Depuis que le choléra sévit dans notre commune avec une si terrible intensité, nous avons été témoins d’actes de dévoûment si sublimes, que nous nous trouverions coupables de la plus noire ingratitude, si nous ne donnions à leurs auteurs un témoignage public et éclatant de notre reconnaissance. A notre digne pasteur, qui a failli succomber victime de son décoûment, ont succédé MM. Thirion, curé de Cheppy, et Salmon, curé de Maucourt, qui, jour et nuit, ont donné aux malades de Montblainville et de Baulny non seulement les secours spirituels, mais encore les secours temporels en leur pouvoir. Maintenant le ministère de consolation et de soulagement est dignement continué par M. Didelot, prêtre de Benoite-Vaux , envoyé ici par monseigneur l’évêque de Verdun.
Que dire aussi de ces bonnes sœurs arrivées ici comme des anges de consolation. Que de misères secourues ! Que de souffrances adoucies ! Jour et nuit elles affrontent tous les dangers pour consoler et soulager les malades. Devant tant de vertus, devant un si grand devoûment , on se tait et on admire.
Nous devons encore des éloges bien mérités au zèle de M. Canneaux-Camus et du jeune docteur XXX, de Varennes, qui à toute heure et toujours, ont prodigué aux malades les secours de leur art.
Veuillez, Monsieur le Rédacteur, ouvrir à cette lettre les colonnes de votre estimable journal, et qu’elle soit un témoignage éclatant de reconnaissance rendu au dévoûment et à l’héroïsme de la charité chrétienne.
Agréer, Monsieur le Rédacteur, l’expression sincère de mes sentiments affectueux :
Pour le Maire : l’Adjoint , MALOT
Compte tenu de son âge et du fait que Charles Symphor MABILLE projetais de se marier, il est fort probable qu’il ait fait partie des victimes de l’épidémie.
Je n’en sais toujours pas plus sur les raisons qui ont conduit Louis Hyacinthe MABILLE à Paris. Certainement la quête de travail et l’espoir d’une vie meilleure, je vais poursuivre mon enquête.


Toujours passionnantes tes enquêtes Michèle, on attend la suite au sujet du sieur Mabille, n’aurait-il pas eu quelqu’un de sa parentèle qu’il aurait rejoint à Paris ? Suite au prochain épisode….;)))