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Victimes civiles Montblainville 1914 – 1918 (2) témoignage Hector Poilblanc

18 janvier 2010

Quelle émotion lorsque j’ai découvert sur le site de la bibliothèque Nationale de France, le récit d’Hector POILBLANC, maire de Montblainville, sur la déportation des hommes du village !

Mlle CHAPTAL a regroupé une série de témoignages dans la collection la France dévastée « Rapatriés 1915-1918 ».

gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57124303.r=chaptal.langFR 

Poilblanc (Hector) âgé de 65ans, maire de Montblainville (Meuse)

« Je jure de dire la vérité.

Le 22 septembre, les Allemands, en arrivant à Montblainville, ont fait sortir les hommes qui étaient cachés dans les caves et immédiatement les ont emmenés dans la direction d’Apremont.

En arrivant dans cette commune, nous avons été interrogés par un officier qui nous a reproché d’avoir tiré sur la troupe, d’avoir fait de la télégraphie sans fil et de nous être livrés à l’espionnage, accusations contre lesquelles nous avons protesté.

Nous avons couché à Sommerance, dans une cave, où j’ai vu les Allemands précipiter à coups de pied, mon cousin Arnould (Philogène), âgé de quatre-vingt ans, qui, complètement épuisé, ne pouvait plus avancer.

Là, nous avons été accablés de brutalités et de mauvais traitements et, le lendemain on nous a conduits à la prison de Montmédy, où, après avoir passé la nuit, on nous a entassés dans des wagons à bestiaux. Nous mourions de faim, car jusqu’à notre départ en chemin de fer, nous n’avions reçu qu’une fois un peu de mauvais café. Le voyage en wagon a duré cinquante-quatre heures, temps pendant lequel on nous a donné deux fois du riz et, un peu de café. Nous avons été internés à Grafenwöhr, dans un bâtiment en planches, où nous nous sommes trouvés au nombre de Quatre cent cinquante. Nous n’avons été chauffés que pendant les quinze derniers jours. Pendant cinq ou six semaines, nous avons couché sur de la paille qu’on n’a jamais renouvelée, et on ne nous a donné qu’une couverture pour trois. Plus tard, nous avons eu chacun une paillasse et deux couvertures. Un mois avant notre départ, les paillasses ont été placées sur des châlits. Jusqu’à six heures du soir, nous pouvions circuler dans la cour.

Le matin, nous buvions de la décoction d’orge torréfiée sans sucre. A midi, on nous donnait une soupe de maïs, aux choux-navets, etc, avec des débris de viande, des abats, de la rate, du poumon et des os. Le soir, le repas se composait de fort mauvais boudin, quelques fois de pomme de terre, ou d’un hareng salé. Nous avions enfin par personne une boule de pain noir d’environ 1 200 grammes pour trois jours. Nous souffrions tous beaucoup de la faim. Il y avait une grande quantité de malades ; sur environ dix-huit cent prisonniers civils, cent trente sont morts ; le chiffre des décès, pour ma seule section, a été de cinq, sur seize hommes de ma commune. On s’éteignait comme une bougie, car on n’avait plus la force de se tenir sur ses jambes. Les soins médicaux étaient à peu près nuls. En revenant en France nous sommes passés par Rastadt où nous avons séjourné douze jours dans les casemates, au milieu de la vermine.

A Schaffhouse, nous avons été l’objet des meilleurs soins et des attentions les plus touchantes.

Après lecture, le témoin a signé avec nous et MM. Genty (Eugène), âgé de 64 ans, cultivateur à Sommerance, Gouret (Auguste), âgé de 68 ans, manœuvre à Montblainville qui ont déclaré confirmer entièrement sa déclaration, dont il leur a été donné connaissance. »

(Source : Rapports et procès-verbaux, vol. II, n°50)

INFORMATIONS SUR LES PERSONNES ENONCEES :

J’espère ne pas faire d’erreur, et avoir bien identifié les personnes enoncées.

Hector POILBLANC (Nicolas Hector) a été maire de Montblainville de 1909 à 1913.

Il est né dans la commune le 14/10/1849 fils de François 30 ans cultivateur et de SIMONNET Marie Clothilde 24 ans.

Philogène ARNOULD (Claude Philogène) est né à Montblainville le 23/10/1834 fils de Jean Marie 29 ans charpentier et de Marie Nicole COLLET 24 ans.

Auguste GOURET (Augustin Louis) né à Montblainville le 12/12/1846 fils de Nicolas et Marguerite TREMELET. Son père a 35 ans et sa mère 34 ans

Eugène GENTY (Eugène Melchior) né à Varennes le 5 juin 1846 fils de Jacques Pierre et Marie Louise CORVISIER. Son père, marchand de bois, a 35 ans, sa mère 32 ans.

Quelques définitions :

Chalits : Bois de lit ou armature métallique d’un lit

Casemates : un local, souvent partiellement enterré, d’une fortification ou d’un fort, qui est à l’épreuve des tirs ennemis.

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