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Louis Hyacinthe MABILLE – le jugement – la détention à l’orangerie

14 septembre 2011

Suite de mon précédent article consacré à Louis Hyacinthe MABILLE

Le 15 juillet 1871 Louis Hyacinthe MABILLE est extrait de l’orangerie pour comparaître devant le 4ème Conseil de guerre (1ère division) pour être interrogé. Il déclare avoir 56 ans, exercer la profession d’employé de commerce, demeurer 34 rue de la Montagne Ste Geneviève à Paris, être marié, avoir 4 enfants. Il n’a jamais été condamné. Il reconnait avoir servi comme simple garde pendant 6 semaines puis avoir été caporal et servi dans le 151ème bataillon pendant un mois. Il ne reconnait pas avoir servi pendant toute la durée de l’insurrection et dit également avoir été longtemps malade. Il est atteint de varices et déclare avoir été nulle part avec son bataillon. Suivant ses dires il aurait touché sa solde pendant 9 jours.

Le rapport établi par le commissariat de quartier de la Sorbonne le 28 juillet 1871, en réponse à la demande du 15 juillet, confirme ses âge et profession et le fait qu’il demeure 34 rue de la Montagne Ste Geneviève depuis 18 mois. Il est capitaine du 151ème bataillon de fédérés, a des habitudes d’intempérance et travaille fort peu. Il forçait les hommes valides à faire partie de la garde nationale et à marcher. Il aurait été arrêté plusieurs fois pour des affaires politiques. D’après le rapport de police deux témoins Mrs DELESSEMILLIERE père et fils épiciers 34 rue de la Montagne Ste Geneviève auraient été forcés de marcher par le Sieur MABILLE.

Le 29 juillet, Léon DELESSEMILLIERE comparait devant le 4ème Conseil de guerre. Il a 20 ans, est marchand épicier et demeure chez son père 34 rue de la Montagne Ste Geneviève.
« Je faisais partie de son bataillon pendant le siège des prussiens. Ayant après rendu mon fusil, le lendemain de mon départ du gouvernement de Paris, il vint à la maison me dire qu’il me fallait reprendre mon fusil, il vint ainsi plusieurs fois, nous menaçant de nous faire tous fusiller, à tel point que mon père a eu une telle peur, qu’il lui est resté un certain dérangement du cerveau. Je fus obligé, pour éviter les poursuites de ce Capitaine de m’enrôler dans le bataillon de Passy où je n’ai fait que monter des gardes au théâtre. Je me rappelle en’autres, à ce sujet qu’on nous appelait les mouchards de Passy, parce qu’au lieu de porter sur nos képis le n° de notre bataillon, nous y avions substitué celui de l’arrondissement. Cela n’a pas empêché le Capitaine Mabille de continuer à venir nous tracasser, tantôt me demandant un billet du Capitaine de ma Compagnie, tantôt me menaçant de me faire fusiller, moi et les miens, si nous ne nous enrôlions. La veille de l’entrée des troupes, il est encore venu à la maison.
Le bataillon a pris part à plusieurs actions, le Capitaine Mabille n’y était pas, car il était de la sédentaire. »

Le même jour son père Jean Claude âgé de 53 ans dépose également sous serment.
« Monsieur MABILLE était Capitaine au 151ème bataillon fédéré. Il est venu plusieurs fois à la maison nous traitant de réactionnaires, il voulait nous faire arrêter et il somma mon fils d’’avoir à s’enrôler dans les fédérés de son bataillon, ajoutant que s’il ne s’exécutait pas de bonne grâce, il nous ferait tous fusiller. Une fois entr’autres, ayant trouvé chez moi un commis grainetier qui venait m’offrir ses services, lequel commis s’était permis de protester sur la conduite de ce Capitaine, ce dernier voulut le faire arrêter et vint plusieurs fois à la maison pour demander son adresse dans ce but.
Le Capitaine était de la sédentaire, néanmoins, cela ne l’empêchait pas de faire des réquisitions et de faire le service extérieur de Paris. Je ne sais pas si ce bataillon s’est battu contre les troupes de Versailles, mais je puis assurer qu’il était aux barricades lors de l’entrée des troupes dans Paris. »

Le trois août Louis Hyacinthe MABILLE est interrogé à nouveau.  Il reconnait avoir été Capitaine au 151ème bataillon fédéré, par contre il nie avoir proféré des menaces envers ceux qui ne partageaient pas ses opinions.

Le rapport adressé le 5 août au Commissaire Impérial n’est pas très élogieux. Il présente Louis Hyacinthe MABILLE comme « un Capitaine de carnaval ivrogne aussi stupide que stupidement féroce ». Il demande sa mise en jugement pour participation à l’insurrection et menaces de mort.

Louis Hyacinthe MABILLE est condamné le 19 août à la déportation simple et à la dégradation civique. Il est détenu à Versailles à l’orangerie salle n°1

Prosper Olivier Lissagaray dans « Histoire de la commune de 1871 » raconte :
« Les premiers convois furent promenés en spectacle dans les rues de Versailles. D’autres stationnèrent des heures sur la place d’Armes torride, à deux pas des grands arbres dont on leur refusait l’ombrage, tant accablés d’ignominies que les malheureux révèrent après le refuge des dépôts.
Il y en avait quatre : les caves des Grandes Ecuries, l’Orangerie du château, les docks de Satory, les manèges de l’Ecole de Saint-Cyr. Dans les caves humides, nauséabondes, où la lumière et l’air ne pénétraient que par quelques soupiraux étroits, les captifs furent entasses, sans paille dans les premiers jours. Quand ils en eurent, elle fut bien vite réduite en fumier. Pas d’eau pour se laver ; nul moyen de changer ses guenilles ; les parents qui apportaient du linge étaient brutalement renvoyés. Deux fois par jour, dans une auge, un liquide jaunâtre : la pâtée. Les gendarmes vendaient du tabac à des prix exorbitants et le confisquaient pour le revendre. Pas de médecin. La gangrène rongea les blessés ; des ophtalmies se déclarèrent. Le délire devint chronique. La nuit mêlait les plaintes, les gémissements aigus, aux hurlements des fous. En face, les gendarmes, fusils chargés, plus durs que jamais, n’ayant jamais vu, disaient-ils, de bandits pareils à ces Parisiens…. »

A suivre

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5 commentaires leave one →
  1. Crozier Hélène permalink
    19 novembre 2016 14 h 13 min

    Bonjour, Je suis en train de réunir les documents concernant les recherches que mon père a faites sur sa famille. Celle-ci vivait à Romagne-sous-les-Côtes. Mon arrière-grand-mère y est née, ma grand-mère aussi en 1875. Je recherche la trace du fils de Pierre Pascal MABILLE, l’un des fils de Jean Baptiste MABILLE et de Marguerite DRUARD, chez lequel ma famille (Gille et Josset, commerçants) s’approvisionnaient. Mon père a fait beaucoup de démarches pour retrouver sa trace, mais de nombreuses archives notariales ont été détruites au cours des guerres et mon père est décédé avant de connaître les possibilités du Web. Pourriez-vous m’aider ? Je vous remercie bien vivement. Hélène CROZIER.

    • 19 novembre 2016 23 h 20 min

      Bonjour Hélène,
      Avez-vous plus d’informations sur ce fils de Pierre Pascal Mabille ?
      En 1876, Léopold MABILLE 30 ans déclare le décès de sa mère Marie Joséphine GENTY épouse de Pierre Pascal MABILLE. L’acte ne contient pas d’indication concernant son domicile.
      Est-ce lui que vous cherchez ?
      Cordialement
      Michèle

      • Crozier Hélène permalink
        20 novembre 2016 11 h 02 min

        Merci infiniment Michèle, de l’avoir répondu. Je vais vous donner les précisions que mon père a notées dans son récit :
        « Il n’existait à cette époque (1874) qu’un seul « gros commerçant en vins et brasseur » à Damvillers. Il avait succédé à son père Jean, Baptiste Mabille, marié à Marguerite Druart.

        Il s’appelait Pierre Pascal Mabille et s’était marié à Damvillers à Marie Joséphine Genty. Ils avaient eu un fils, Léopold Mabille né en 1848 à Damvillers. Léopold Mabille se maria avec Charlotte Buiron. Ils eurent une fille : Berthe Charlotte Mabille née en 1870.
        L’épouse de Pierre Pascal, Marie Joséphine Mabille est morte le 8 juin 1876. (Léopold devait avoir 28 ans et non 30 ans, mais cela n’a aucune importance.)
        Pierre Pascal est mort le 4 octobre 1882 à Damvillers.

        Comment est-il mort ? Voilà ce que je cherche et je vais vous expliquer pourquoi.
        Mon arrière grand-mère, qui en 1870 avait 22 ans, tenait une petite épicerie-buvette à Romagne. Elle s’approvisionnait en vin et bière chez « un gros commerçant en vin » de Damvillers, qui en temps de paix, livrait sa marchandise à Romagne. Pendant toute l’occupation Prussienne, elle et son oncle, durent se rendre alternativement à Damvillers pour s’approvisionner en vins, bière et épicerie deux fois par semaine. En 1875 elle mit au monde une petite fille (ma grand-mère) à Romagne. Elle était donc maman célibataire. Un incendie suivi du décès de l’oncle puis de la tante nous a privés de leurs souvenirs. Mon arrière-grand-mère ainsi que sa fille, ma grand-mère, n’ont jamais voulu révéler le nom du père de cette dernière. Mon père, son frère, sa soeur n’ont recueilli que des allusions : « Il est mort dans de tristes circonstances » ou encore « Il a été écrasé par un tonneau »… sans autre détail. Mutisme général. Tabou.
        Or, en octobre 1882, mon arrière-grand-mère a fait, devant notaire, une reconnaissance de sa fille (qui avait alors 8 ans) Pourquoi ? Parce que l’acte de naissance ne suffit pas pour faire la preuve de la filiation naturelle. Il faut un acte de reconnaissance de l’un des parents devant l’Officier d’État Civil, ou acte notarié, ou par contrat de mariage, ou testament.
        Or, cet acte de reconnaissance est indispensable pour succéder à quelqu’un.
        Le 2 avril 1882, le registre de Romagne porte l’acte de reconnaissance en question. Peu après, un acte de don en argent (De qui ? Quelle somme ?) est passé en l’Étude Notariale de Me Caron, à Merles-sous-Loison. Pourquoi Merles ? Sans doute pour garder une certaine discrétion par rapport à Damvillers où la famille Mabille était connue.
        Ma grand-mère a reçu en dot pour son mariage, une somme énorme pour l’époque : 5000 francs-or, ce qui est très étonnant pour une famille si modeste.
        L’étude de Merles a été rattachée à celle de Damvillers où ont été regroupées les archives. Celle de Damvillers a ensuite été supprimée et Me Jacob, de Montmédy détient les minutes de cette étude. Mon père l’a contacté. Sa réponse : les archives ont été détruites au cours des guerres de 14 et 40.
        Voilà : Mon père n’a pas réussi à aller plus loin. Il est décédé depuis. Qui était le père biologique de ma grand-mère ? C’est un secret de famille qui a été emporté dans la tombe de celles et ceux qui le détenaient.
        Si je pouvais savoir comment est mort Pierre Pascal Mabille, ce serait déjà beaucoup. Accident ? Maladie ? Suicide ? En tout cas dans de « tristes circonstances. »
        Merci de me permettre d’espérer parvenir un jour à résoudre cette énigme familiale.
        Cordialement,
        Hélène.

      • 4 décembre 2016 15 h 15 min

        Désolée de ne pas vous avoir répondu plus tôt, je veux prendre le temps de rechercher tous les actes avant de vous répondre. Votre père a beaucoup cherché. Comme tous les secrets de famille, il a été bien caché du vivant des principaux intéressés.Je vous contacte directement sur votre messagerie.
        Cordialement
        Michèle

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