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Inauguration des édifices publics Montblainville 27 juillet 1931

19 juillet 2012

Merci à Jean-Luc  GOURET pour ce nouvel article de l’Est Républicain du 28 juillet 1931.

Le  11 avril 1931 le bulletin Meusien relatait  la bénédiction  de la stèle du monument aux morts  par Mr l’Abbé DELAWOEVRE  et annonçait l’inauguration officielle  prochaine des autres  édifices publics.

L’année dernière, il y avait 80 ans que le monument aux morts  et la nouvelle mairie -école avaient été inaugurés officiellement.  Le 27 juillet 1931, une journée festive avait réuni toutes les personnalités du département venues rendre hommage aux victimes, célébrer la reconstruction du village mais aussi le courage des habitants chassés de leur village, pour certains déportés, durement touchés par la perte de leurs proches et qui pendant plus de 10 ans se sont investis pour redonner à leur village un aspect accueillant.

La transcription de l’article de l’Est Républicain vous permettra de vivre et peut-être de revivre ce moment important de l’histoire du village.

Si  vos parents vous ont raconté cette journée, ou si dans vos archives familiales, vous détenez une photo de l’évènement n’hésitez pas à me contacter.

MONTBLAINVILLE A INAUGURE LE MONUMENT ELEVE A SES MORTS, SA MAIRIE-ECOLE ET FETE SA RESURRECTION

Verdun, 27 juillet

 

Les habitants de la petite commune de Montblainville, située à l’extrême limite nord du canton de Varennes, ont malgré près de treize années après l’armistice, conservé pieusement le culte de leurs glorieux morts. Pour honorer  dignement leur mémoire, ils ont attendu l’achèvement de la reconstruction de leurs foyers et la remise en état de leurs terres convulsionnées par la tourmente. Cette œuvre magnifique, qui couronne des efforts persévérants et tenaces, fait le plus grand honneur à cette laborieuse population, aussi stoïque dans la paix que le furent ses enfants sur les champs de bataille.

Plus de deux cents âmes animent, à présent, ce  coin de notre département où il ne restait plus qu’un faible espoir de vie. Il est sorti des ruines accumulées de coquettes maisons, et dans les champs de florissantes récoltes font renaître la plus encourageante des prospérités.

Dimanche dernier, tous les Montblainvillois, avec leur dévoué et sympathique maire, M. Louis Leroy avaient donné au village neuf, au milieu duquel se détachent la mairie-école et l’église, aux lignes simples et harmonieuses, un air de grande fête. Des arcs de triomphe, des drapeaux, de la verdure ornaient les rues, les bâtiments publics, les maisons particulières. Le monument aux morts, situé sur le côté de l’église, avait également reçu une décoration du meilleur goût.

A 10h30, la population assistait à un service religieux qu’officiait M. l’abbé de Necker, le nouveau curé de Montblainville, qui dessert aussi les communes de Charpentry et de Baulny. Aux premiers rangs de l’assistance se trouvaient : MM. Leroy, maire ; Henri Poincelet, le jeune et distingué conseiller général du canton ; Legendre, conseiller d’arrondissement ; Henri Joseph, adjoint au maire ; tous les conseillers municipaux, les maires des communes voisines : MM. Wachet (Véry), Javelot (Baulny), Barthelemy (Cheppy),  Goffette (Apremont), Boutaud (Varennes), Batier (Charpentry), Humilier, percepteur de Varennes ; Claisse, receveur d’enregistrement ; Rolland, président de la délégation cantonale ; Simon, brigadier forestier, et son collaborateur, M. Pierrard ; Lambinet, président de l’Association des anciens prisonniers de guerre, etc..

Dans une courte et vibrante allocution l’abbé de Necker exalta le sacrifice des enfants de Montblainville, salua avec émotion leur mémoire et souligna combien les générations qui  montant doivent s’inspirer de leur exemple et rester dignes d’eux.

A 11h30, une foule imposante se massait autour du monument. Celui-ci, superbe d’allure, représente entre deux stèles sur lesquelles sont gravés les noms des morts, une veuve de guerre, sculptée dans le marbre, faisant lire, sur la tombe de son glorieux mari, le nom à jamais vénéré et aimé.

Quand les A.C. eurent déposé la palme du souvenir,  M. l’abbé Michel, curé de Cheppy et président des A.C. rappela, en termes fort éloquents, tout ce que nous devons à ceux dont l’héroïsme et la vaillance sauvèrent la France du plus grave danger.

Entre temps, d’autres personnalités, arrivées en automobile, se joignirent à cette cérémonie : MM. Georges Lecourtier, sénateur de la Meuse ; Victor Schleiter, député, maire de Verdun ; Fontana et Hot, ingénieurs des ponts et chaussées à Verdun et Montfaucon ; Maire, inspecteur primaire à Verdun ; Adam Gironne, capitaine de gendarmerie ; Jean Schleiter, secrétaire parlementaire ; Douvrain, juge de paix ; Rouyer,  ancien maire de Varennes, etc.

Remarqué encore des figures connues et amis : MM. Hourlier, maréchal des logis-chef de gendarmerie de Varennes ; Masternack, chef cantonnier. Puis M. Francart, lieutenant de la compagnie de sapeurs – pompiers, avec ses collaborateurs dans une tenue impeccable.

LE BANQUET

Après  un cordial apéritif offert par la municipalité au café Francart, les personnalités devisant de ci de là le plus amicalement du monde dans les rues du village avec les habitants, se rendirent à la mairie-école où était servi un banquet de quatre-vingts couverts environ. Les invités furent reçus avec la meilleur grâce par Mme Jéol, la très dévouée institutrice, et son actif mari instituteur à Varennes.

On apprécia l’excellent menu préparé avec  art, par le Vatel réputé, M. Robert Lecoeur, propriétaire de l’hôtel Louis XVI à Varennes.

Au dessert, M. Leroy remercia ses hôtes d’un jour et sut trouver des formules pittoresques pour dire à chacune des personnalités présentes les bienfaits que la commune de Montblainville leur devait ou qu’elle attendait d’elles. De nombreux bans, très nourris, coupèrent cette sorte de revue programme qui avait le mérite d’exprimer les meilleurs sentiments et de faire connaître une curieuse nature.

M. Lecourtier répondit en quelques aimables paroles à M. Leroy et donna le signal du départ. Tout pendant le repas la Lyre Clermontoise s’était fait entendre et applaudir, sous la direction experte du maître compositeur Vivenot.

L’INAUGURATION DU MONUMENT

Un cortège, précédé par la Lyre Clermontoise, se rendit au monument. La foule du matin s’était encore grossie, malgré une pluie fine qui commençait à tomber. Une estrade, abondamment décorée de branchages et de drapeaux reçut les personnalités parmi lesquelles figurait, maintenant, M . L’abbé Delawoëvre, doyen  de Varennes et président des A.C. 

M. Leroy ouvrit la série des discours. Ce fut un rappel du riant aspect de Montlainville avant les hostilités, les heures sombres de la guerre, les deuils, l’exil, les ruines et enfin, l’admirable dévouement des habitants lors de la période de reconstitution. Après l’appel des morts et l’exécution de la « Marseillaise », Mr l’abbé Michel dit entre autres : « Tous unis en face du drapeau, symbole de la patrie pour laquelle ils ont versé leur sang, marchons calmes et confiants dans l’avenir du pays et faisons savoir à ceux que nous avons chargés des destinées de la France, qu’ils ont le devoir de veiller sur le patrimoine que nous avons vaillamment défendu. Devant ce monument où une femme de chez nous, veuve inconsolable, fait lire à son petit le nom glorieux du père, buriné dans le marbre, nous nous inclinons devant la mémoire de nos morts sublimes et aux familles en deuil, dans un geste de reconnaissance et d’admiration, nous redisons cette parole : « ils sont morts pour la France ».

M. Legendre s’exprima en ces termes :

« Permettez-moi de saluer, bien bas ce magnifique monument,  combien expressif dans sa touchante simplicité, qui rappellera la mémoire des enfants de Montblainville, tombés, pendant la grande guerre, pour la défense de notre pays.

Je m’incline aussi, avec respect, devant la douleur des familles qui pleurent les braves dont les noms ont été appelés.

Dans ce cadre pittoresque, que nous avons vu si triste en 1918 et les années suivantes, sur cette ligne d’Argonne où tant de héros ont versé leur sang pour protéger la France et la délivrer, devant vous mes chers compatriotes, qui avez tant souffert, aux armées,  en exil, ou prisonniers, il ne me semble pas nécessaire de rappeler les souffrances atroces et l’agonie de ces braves : vos fils, vos frères, vos époux, vos pères, à qui nous devons tout – ces souvenirs sont ineffaçables. –

Mais parmi  nous, ces enfants, ces jeunes gens (à cet âge l’insouciance, la distraction est bien permise) –seront demain des hommes ; – eux n’auront pas vu, et souhaitons ardemment que ces visions d’horreur leurs soient épargnées ;  nous –mêmes, les survivants, seront disparus.

C’est donc un devoir d’élever sur la plus belle place, le monument du souvenir ; celui-ci, d’une heureuse inspiration honore l’auteur, Montblainville et sa municipalité. Il rappellera aux nouvelles générations, l’héroïque sacrifice de leurs aînés ; cette mère désolée guidant et protégeant son enfant redira toujours : Français, n’oublions jamais ! » 

M.  Lambinet, au nom de l’Association des prisonniers de guerre, parla des souffrances, des misères endurées dans les camps allemands, de l’espoir, jamais ébranlé, de notre victoire libératrice et d’une paix durable. « Et cette paix, conclut-il, comme l’écrivait M. Raymond Poincaré, notre président d’honneur, sera d’autant mieux servie que nous conserverons plus fraîche la mémoire du passé. »

M. Schleiter, en saluant la mémoire des morts de Montblainville, dit en’autres :

« Etant donné la multiplicité de ces manifestations du souvenir dans notre Meuse dévastée, j’aurais pu, peut-être, m’y accoutumer. Je ne puis, cependant, évoquer le souvenir de ces cérémonies sans une pensée de profonde tristesse. »

Puis, associant les morts et les survivants dans un même sentiment de reconnaissance, il ajouta :

« Les uns et les autres se sont sacrifiés  pour le pays. »

Le député maire de Verdun,  rendit ensuite un éclatant hommage à la population de Montblainville et à son effort surhumain, dont elle peut-être fière.

« Il importe, dit-il, que cet effort n’ait pas été vain, que nos fils, nos petits-enfants ne connaissent plus les souffrances que nous avez endurées.  Nous sommes prêts, dans ce but, à tendre la main à nos ennemis d’hier, mais il est indispensable que nous rencontrions chez eux le même esprit, la même loyauté, le même amour de la paix. Faisons confiance à ceux qui dirigent les destinées de notre pays. »

M. Lecourtier parla dans le même sens   et avec la même foi. Ses paroles,  comme celles des autres orateurs, furent chaleureusement applaudies, surtout quand il souligna, faisant allusion aux évènements actuels, que la France ne doit pas faire les frais de toutes les concessions.

A LA MAIRIE – ECOLE

Un instant plus tard, alors que la pluie avait cessé, les personnalités et la foule prenait place devant la jolie, spacieuse et moderne mairie-école.

M. Henri Poincelet prononça le chaleureux discours suivant :

« Mes chers compatriotes,

C’est dans la joie des cœurs que nous célébrons officiellement la résurrection de votre cher village.

Ainsi il a fallu plus de dix ans d’efforts, de vaillance et de ténacité pour effacer les ruines d’une guerre comme jamais le monde n’en avait connu.

C’est que,  pour nous, Lorrains, rien n’est impossible et que, plus spécialement pour vous, mes chers amis, aucune tâche n’est surhumaine.

Votre hameau a repris son riant aspect, vos bois ses hautes futaies et votre sol, naguère tout bouleversé, a pansé ses nombreuses blessures.

Aussi est-ce dans une paix profonde que, maintenant, vous vivez, et que, désormais, vous entendez prospérer.

Pour avoir trop souffert, pour avoir connu l’exode et les dures privations, vous voulez qu’à jamais la guerre reste hors la loi des nations.

Faisons confiance à ceux qui, journellement s’emploient à organiser l’arbitrage chez les peuples et à ceux pour qui les préoccupations de la défense nationale sont encore le meilleur gage de notre sécurité.

Une France forte et justement respectée sera toujours l’apôtre de la paix.

Et maintenant recueillons-nous dans le souvenir de vos glorieux morts, dans la pensée de ceux auxquels vous venez d’offrir la stèle vraiment digne de leur sacrifice.

Œuvre délicate, cette pierre désormais sacrée, nous rappellera leur héroïsme.

De chez moi, de l’autre côté de cette vallée de l’Aire, sur le coteau face à Montbainville, je la devinerai au pied de votre clocher et c’est encore en évoquant l’abnégation sublime de vos fils que je puiserai le meilleur dans mes méditations.

Et puis, non loin de ce clocher, par delà les près verdoyants, au-dessus de vos champs couverts de moissons, je continuerai à voir le campanile de votre mairie, songeant constamment à vous, dès l’aube jusqu’au midi qui d’égrène, pour finir dans l’Angélus de vos soleils couchants,

Mes chers compatriotes, laissez –moi sincèrement et affectueusement vous féliciter tous pour votre courage, votre  énergie et votre bel effort : soyez-en fiers !

Que votre maire, M. Louis Leroy, souffre que je le complimente pour son œuvre de réorganisation et son vaste labeur et que votre ancien maire et adjoint d’aujourd’hui M. Henri Joseph, accepte aussi sa part de félicitations.

Tous deux ont trouvé auprès de leur conseil municipal un esprit sûr et un dévouement sans borne et cela il convenait de le dire, comme aussi de rendre aussi un public  hommage à votre ancien secrétaire de mairie M. Gueusquin, pour sa collaboration précieuse et éclairée, et de complimenter deux nouveaux venus parmi vous : j’ai nommé Mme Jéol, Institutrice, et son mari, et votre pasteur M. de Necker.

Je ne terminerai pas sans acclamer le nom de notre illustre compatriote, M. Raymond Poincaré, à qui nous devons tan, et celui de notre ministre de la Guerre, M. Maginot.

Vivent Poincaré et Maginot !

Vive Montlainville !

Vivent la France et la République. »

Enfin, M. Maire, inspecteur primaire, dit à son tour :

« Mesdames, Messieurs, Mes chers enfants,

Je remercie vivement M. le maire de Montblainville de l’aimable invitation qui me vaut aujourd’hui le plaisir de me trouver parmi vous.

Vous avez tenu à inaugurer, le même jour, le monument aux morts glorieux de votre commune et la maison de la jeunesse : je vous félicite d’avoir songé ainsi à ceux qui ne sont plus et à ceux qui sont l’espoir et la force de demain. Vous professez à la fois le culte du passé et celui de l’avenir  vous gardez, profondément gravé en vos cœurs, le souvenir de ceux qui après avoir lutté et souffert, ont fait don au pays de ce qu’ils avaient de plus cher, mais aussi, vous songez à demain, aux générations présentes et futures qu’il convient d’instruire et d’éduquer pour que ne soit pas vain l’héroïque sacrifice des anciens. Et par là, vous faites honneur à votre réputation de Lorrains dont la clairvoyance est devenue proverbiale, au même titre que la ténacité vertu précieuse qui vous a permis de relever votre village de ses ruines et de repartir avec confiance vers des destins nouveaux.

A vous,  écoliers de Montblainville, qui parez votre jeunesse cette émouvante cérémonie, je dirai simplement ceci : Soyez fiers de votre école qu’on a voulu faire belle et confortable pour que vous y travailliez dans la joie. Soyez reconnaissants envers tous ceux qui ont contribué à l’édifier. Gardez pieusement en vos mémoires les noms de ceux qui sont morts pour que vous viviez ; mais, aussi et surtout, montrez-vous en toutes circonstances dignes de vos devanciers. Vous qui êtes l’espoir et l’avenir du pays, préparez-vous à devenir de bons citoyens, des travailleurs intelligents et consciencieux qui font la force et la grandeur de la patrie, et pour cela, soyez dès aujourd’hui des écoliers laborieux et disciplinés, ardents au travail, dociles aux conseils de maîtres dévoués qui honorent l’école publique et n’ont d’autre souci que de faire de vous des hommes dans toute l’acception du mot. »

Un vin d’honneur permit à M. Lecourtier de féliciter, à nouveau, M. Leroy et son conseil municipal et de remercier tous ceux qui avaient dans  un élan de concorde et d’union, concouru à la réussite parfaite de cette belle journée.

La musique de M. Vivenot fit encore entendre les notes agréables de ses cuivres et tous les invités regagnèrent leurs résidences en emportant, dans leur cœur, l’excellente impression qu’y avaient laissée les braves gens de ce village ressuscité.

Rappel :

Tous les  articles de ce blog sur :

–        le monument aux morts

–          Cartes postales de Montblainville 1

–          Cartes postales de Montblainville 2

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4 commentaires leave one →
  1. Lacorde permalink
    19 juillet 2012 15 h 57 min

    Bravo pour toutes ces recherches fort interessantes. Félicitations. A quand un article sur la taque de Christophe de la Vallée ? Bises. Dom.

  2. RADIERE PATRICK . permalink
    19 juillet 2012 16 h 09 min

    c’est avec un réel plaisir que j’ai lu ces pages sur les inaugurations d’aprés guerre à MONTBLAINVILLE .
    quelques noms de personnalités me parlent , on les retrouve dans les différents ouvrages sur l’ARGONNE et la MEUSE en général .
    félicitations à MICHELE . B
    CORDIALEMENT .
    PATRICK . R .

  3. caroline permalink
    21 juillet 2012 13 h 52 min

    Très intéressant cet article, merci de nous faire revivire ce moment et de parler des anciens. amitiés

Trackbacks

  1. La Mairie de Montblainville | MONTBLAINVILLE

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